Ils trahiront jusqu’au socialisme

10/07/2016 Aucun commentaire

Libéral assumé en matière économique, j’ai toujours reconnu dans l’idée socialiste une nécessité pour le bien-être de tous : celle par laquelle nous nous reconnaissons tous solidaires d’un groupe d’hommes et de femmes unis par un destin commun. Dans ce groupe, chacun est bien sûr responsable de sa propre destinée et doit pouvoir conserver toute sa liberté pour contribuer comme il le peut au bien commun et au sien propre (c’est l’approche libérale). En contrepartie de quoi le groupe lui-même doit apporter à chacun, notamment aux plus faibles, la protection et la capacité d’émancipation (c’est le volet socialiste). Pour conserver cet équilibre, l’intérêt du groupe doit parfois être privilégié sur l’intérêt individuel.

Le gouvernement actuel, composé de socialistes et de membres issus du mouvement écologiste, développe une politique constante en matière de choix de société qui n’est que le reflet, souvent caricatural, de l’approche la plus libérale qui soit. L’individu prime sur le groupe. La liberté individuelle l’emporte sur les choix collectifs, au risque de remettre en question ce qui le fonde.

Ainsi en est-il du mariage de personnes de même sexe. Sans traiter ici du bien (ou du mal) fondé de cette décision, chacun peut reconnaître que la volonté de quelques uns l’a emporté sur l’histoire de l’immense majorité. Le mariage a été modifié dans ses fondements pour 1 à 2 % de la population française. L’individu l’a emporté sur le groupe.

Ainsi en est-il aussi du ministère de la famille débaptisé par le Président de la République en « ministère des familles ». Quelle que soit sa situation personnelle, chacun sait ce qu’est une famille sans se référer au dictionnaire. Mais pour flatter quelques uns (à des fins électorales ?), on nie cette définition simple et unique, ce point de référence symbolique qui aide chacun à se reconnaitre dans un modèle de société partagé.

Ainsi est-il encore de la politique familiale déconstruite depuis quatre ans maintenant : mise sous condition de ressources des allocations familiales qui ne sont pourtant qu’une compensation partielle du coût d’éducation des enfants, facilitation du divorce qui pourra être prononcé par un simple officier d’état civil dès lors qu’il y a « consentement mutuel », ce qui ne peut bénéficier qu’au plus fort dans le couple et qui semble ignorer la réalité d’une séparation.

Ainsi en est il enfin des allocations données généreusement aux « jeunes » : au lieu de les attacher à leur famille, au moins jusqu’à 25 ans, on leur octroie une « allocation d’autonomie » en préférant qu’ils dépendent de l’Etat que de leur famille. Nous sommes, au sein d’une famille, dépendants les uns des autres ; cela, nos gouvernants ne veulent même plus l’entendre comme si ce modèle millénaire leur était devenu insupportable.

Et l’on pourrait multiplier les exemples. Le « prélèvement à la source » : sous couvert d’une prétendue modernité, est la première étape de la suppression du foyer fiscal au bénéfice du « citoyen fiscal ». Finie la solidarité familiale ; vive l’individu en relation directe avec l’Etat !

Alors notre société partage de moins en moins de symboles qui fondent son unité : service national obligatoire supprimé, famille dissoute pour ne plus servir de point de référence, déconstruction des solidarités entre générations dans la famille, refus de toute transmission de la culture commune à l’école, celle qui fonde notre désir de vivre ensemble et qui permet de nous reconnaître ensemble dans la nation française.

Et la belle idée du socialisme, celle qui affirme que le groupe peut/doit être plus important que l’individu, cette idée qui établit des valeurs partagées non négociables car bénéfiques au groupe que nous constituons, à la nation française, cette belle idée disparaît et laisse la place à la loi de celui qui revendique le plus fort, au bien-être individuel affirmé comme le but ultime de toute politique. Le gouvernement essaie tant bien que mal de compenser cette offensive ultralibérale par des discours bien creux sur les « valeurs de la République », dont le contenu n’est jamais précisé, sans doute parce qu’il n’existe plus.

Ayant abattu tous nos points de repère partagés, il risque de ne rester que la violence générée par la défense d’intérêts individuels. Le terrorisme qui frappe notre pays est une des conséquences de la disparition des repères partagés. Le communautarisme gagne peu à peu et rebâtit des groupes cohérents, contre la nation, contre ce bien si précieux que constitue une société.

A mon modeste échelon d’élu local, je m m’efforce de multiplier toutes les occasions de redonner du sens et du contenu à ce qui fait notre bien commun. C’est un travail répété autour du drapeau français, de notre histoire, des rencontres intergénérationnelles, des solidarités naturelles de voisinage, de partage de notre culture et de préservation de notre patrimoine. Autant d’initiatives à conduire pour préserver ce qui nous unit.

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Logements sociaux : l’absurdité de la politique du chiffre

02/07/2016 Aucun commentaire

Le gouvernement ne cesse de multiplier les mesures pour contraindre les acteurs privés et publics à la création de logements sociaux. Reconversion de logements, préemption de propriétés en vente, obligations multiples pesant sur les communes, obligations bureaucratiques de plus en plus nombreuses. La fameuse loi SRU en est une parfaite illustration.

Les maires des communes qui ne peuvent pas « produire » les logements sociaux imposés par la loi sont pointés du doigt comme de mauvais élèves et sont pénalisées par de très lourdes amendes. Les préfets, autrefois partenaires des communes, sont devenus leurs juges et les condamnent si les objectifs fixés par la loi ne sont pas atteints. Les Seine-Portais que nous sommes financent cette politique du chiffre, aussi absurde qu’inefficace, par leurs impôts.

Sans discernement sur les caractères propres de chaque commune, la loi impose des normes, souvent contradictoires au demeurant avec d’autres imposées par l’administration. Ainsi les Bâtiments de France vont s’opposer à la constructibilité d’un terrain malgré l’avis favorable de la commune qui respecte le PLU.

Tout cela pour un résultat désastreux, un des pires d’Europe. La France compte 17 % de logements sociaux. Deux fois plus qu’au sein de l’Union européenne – l’Allemagne en compte 4,6 % – et malgré cela, le nombre de mal logés en France n’a jamais été aussi important. L’Allemagne compte plus de salariés pauvres que la France et parvient pourtant à les loger dans de meilleures conditions dans toutes les grandes villes que compte le pays.

En France, les gouvernements successifs ont empilé les taxes diverses sur le foncier bâti (taxe foncière, taxe d’aménagement), sur les revenus tirés de la propriété locative, sur le capital (ISF, droits de mutation, droits de succession). Les prélèvements fiscaux sont passés de 37 à 63 milliards entre 2000 et 2013. Dans le même temps, les bailleurs sociaux qui ont le quasi-monopole de la propriété et de la location des logements sociaux bénéficient d’exonérations multiples. Ces fameux bailleurs sociaux disposent aujourd’hui d’une rente confortable et d’avantages fiscaux et financiers de toute nature, encouragés par les lois au nom de l’intérêt général. Or l’inefficacité de ces structures parapubliques est patente.

En zone urbaine, les locataires les plus pauvres sont majoritairement logés dans le parc privé alors que 25 % des logements sociaux sont occupés par 40 % de ménages ayant les revenus les plus élevés. Comme le nombre de logements sociaux vides, le délai de dépôt d’un permis de construire par un bailleur privé ou un bailleur social illustre aussi la gabegie publique : 18 mois à Seine-Port pour déposer un permis de construire par un bailleur social, 24 mois de travaux pour un projet de rénovation. La moyenne pour les constructions privées dans notre commune est d’environ un tiers de ce délai.

Il serait temps de sortir du monopole des bailleurs sociaux. Ils jouissent d’avantages considérables et représentent un coût annuel important. La politique du logement en France coûte 40 milliards d’euros, soit 2 % du PIB et le double de la moyenne européenne. Je suggère d’affecter cette somme à la baisse des si nombreuses taxes et d’ouvrir une concurrence avec les bailleurs privés, qui sauront faire fonctionner ce système avec une autre efficacité, simplement car ils devront rendre des comptes à leurs actionnaires.

Ici aussi, un libéralisme régulé pourra apporter un bien-être à des millions de Français qui souffrent du mal-logement.

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Parcours IVG remboursé à 100 %… Et la maternité ?

01/02/2016 Aucun commentaire

Il y a quelques jours, la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des Femmes a annoncé que le parcours IVG (consultations, analyses, échographies) serait pris en charge à 100 % à partir du 1er avril 2016. Auparavant, seul l’acte en lui-même était pris en charge à 100 %.

Dans la presse ou sur les réseaux sociaux, comme souvent dans les débats de société, on a pu voir deux types de réactions : un progrès salué par les uns, et la dénonciation d’un quasi encouragement au génocide pour d’autres.

Comment ne pas voir dans cet acte de l’interruption volontaire de grossesse un grand sujet de santé publique : plus de 200 000 par an en France… Sans compter ceux pratiqués à l’étranger « hors délai ». Alors que dans le même temps, l’Etat est censé faciliter l’accès à la contraception… Et avant cela, l’éducation sexuelle. Il n’y a que les sourds et les aveugles pour ne pas entendre ou voir la douleur et la détresse de tant de femmes laissées seules face à cette décision si grave. Quel échec de la politique de santé publique dans ce domaine depuis 40 ans !

Pour le gouvernement et quelques mouvements féministes intransigeants et idéologues, il convient de retirer à l’acte d’avorter toute dimension morale. Au nom du droit des femmes de « disposer de leur corps », l’avortement doit être sans conséquence morale ou psychologique et sans coût. En répondant à la question du coût, ils pensent régler la question morale et de la souffrance.

Pour dénoncer ce parti pris du gouvernement, je voudrais montrer un seul fait paradoxal : alors que l’IVG sera désormais pris en charge à 100 % par la solidarité nationale, dans le même temps, pour la femme qui souhaite mener sa grossesse à terme, même si les coûts de l’accouchement et la troisième échographie sont pris en charge à 100 %, les deux premières réalisées avant la fin du cinquième mois de grossesse ne sont prises en charge à qu’à 70 % (source : ameli.fr).

Dans une logique d’égalité, je demande simplement au gouvernement la prise en charge à 100 % de de la maternité, dès les premiers soins ou actes médicaux.

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France : d’où viens-tu, où vas-tu ?

17/01/2016 Aucun commentaire

En ce début d’année 2016, qu’il est difficile de trouver des motifs d’espoir pour notre pays. La France est angoissée par un avenir qui lui échappe, touchée au coeur par des attaques terroristes jamais imaginées. Ce malaise national profond se manifeste dans toute la société française :

- l’école n’en finit pas de générer l’échec et l’exclusion ;

- le logement est une difficulté pour des millions de Français ou d’étrangers en France ;

- le chômage est massif et poursuit une croissance qui semble inexorable ;

- la solitude est le lot de trois millions de personnes âgées ;

- les hommes politiques semblent avoir renoncé à toute ambition pour la France et gèrent les urgences ;

- l’Europe n’est plus qu’un grand territoire sans envie ni projet.

Partout, c’est l’état d’urgence.

Alors il faut rebâtir notre avenir ; Mais comment l’imaginer ?

Empruntant la méthode à Confucius, j’engage d’abord mes compatriotes à se tourner vers l’Histoire qui nous réunit, les événements qui ont fait la France et qui sont nos racines communes. C’est bien dans le passé que nous comprenons la France et sur cette compréhension que nous pourrons la refonder.

La France n’est pas née sous la révolution. C’est une république depuis 150 ans. Avant la Révolution, avant les Lumières, il y a une longue histoire de la France médiévale, de la France gallo-romaine. Et de la France chrétienne. La France des cathédrales, des milliers d’églises, de la noblesse et des familles rurales. L’église catholique qui a créé les paroisses qui deviendront les communes, structuré l’espace rural avec les grande abbayes, organiser l’éducation des enfants et les premiers hôpitaux pour tous. L’église qui a institué le mariage et promu la famille. L’église qui a permis, malgré elle parfois, l’éclosion de la démocratie et de la laïcité. L’église des croisades, des guerres de religion, des schismes sanglants de l’Europe. Quel héritage ! Et quelle empreinte éternelle pour notre pays. L’oublier reviendrait à tenter de construire notre avenir sur du sable.

La Renaissance fera oublier les guerres de religion, sans tourner le dos à l’église si puissante, mais tant fragilisée par la réforme protestante en Europe. Le Siècle des Lumières, porté par ses génies, depuis Montaigne jusqu’à Rousseau, ébranlera le socle catholique déjà fissuré. Ce foisonnement de liberté intellectuelle, et bientôt politique, générera là aussi le meilleur et le pire : l’encyclopédie, les droits de l’Homme d’un côté, la Terreur, la guillotine et les guerres napoléoniennes de l’autre. Quel héritage là aussi !

L’explosion économique du 19ème et du 20ème siècle ira de pair avec les plus grands conflits. La religion, devenue l’ennemie de la République à la fin du 19ème siècle, abandonne le pays à un patriotisme laïciste exacerbé, puis au nationalisme guerrier dans tous les pays d’Europe.

Nietzsche nous a fait croire que Dieu était mort et que l’Homme en était libéré. Mai 68 l’a illustré à sa façon. Les interdits, notamment d’origine chrétienne, sont tous abandonnés, ringardisés. La famille, traditionnelle notamment, explose. Les femmes trouvent un nouvel espace de liberté contre un patriarcat étroit. Et la religion semble se dissoudre dans le bien-être, dans le consumérisme sans limite, dans l’individualisme triomphant. La religion qui rassemble se dissout dans l’individualisme qui isole. La religion a été vaincue, les libres penseurs ont gagné : la laïcité française s’impose comme l’horizon naturel de notre pays.

Dans ce vide du collectif ainsi créé, dans ce pays qui apparait désormais comme un espace neutre sans obstacle car sans histoire, arrive de nos anciennes colonies africaines une immigration de culture musulmane, qui pose à nouveau le problème de la laïcité, notamment à travers des questions de société : le voile, les caricatures du prophète, la mixité dans les piscines. Adeptes de la Umma, de la vie religieuse commune, visible, confondue avec l’espace public, l’islam en France cherche son chemin. La France a accueilli de nombreux musulmans sans leur demander de renoncer à ce qu’ils sont. Aujourd’hui, après les attentats de 2015, le gouvernement n’a que la laïcité a opposé à l’islamisme radical, désormais inscrit dans le paysage français. La laïcité prônée souvent par des athées comme le seul avenir pour les croyants. Mais cela ne marche pas : on ne rassemble pas autour du néant.

Sans connaître et transmettre son histoire, la France ne peut que s’éclater davantage en de multiples communautés. Le prix d’une société refondée passera par une analyse lucide, honnête, sans idéologie, de notre histoire. C’est là que nous trouverons nos valeurs. La « laïcité » version Monsieur Valls, les « valeurs de la République », le « projet européen » sont devenus des concepts creux, sans fondement et sans avenir. Ils ne rassemblent plus les Français.

L’alternance politique qui se prépare devra répondre à ces questions qui fondent notre vivre ensemble, sauf à laisser à la politique le seul soin de répondre à des aspirations individuelles, abandonnant à toutes les communautés le soin de définir leur propre avenir, sans la France. Cela, je n’en veux pas.

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Emploi : alléger les charges patronales grâce au RSA

31/12/2015 Aucun commentaire

Les lecteurs de ce blog connaissent mon engagement en faveur d’une diminution des charges qui plombent le coût des salaires et, cumulées à un cadre juridique trop contraignant, constituent un frein à l’embauche.

Dans le même temps, on observe au gouvernement un virage que l’on peut qualifier de social-libéral. C’est tardif, certainement opportuniste pour tenter de séduire des électeurs dits de droite modérée, à défaut d’être en capacité de rassembler des électeurs de gauche déçus par celui qui proclamait jadis que son véritable adversaire, c’était la finance.

Néanmoins je ne peux que me réjouir de lire que le député de notre circonscription, Monsieur Faure, après avoir dit en langage très mesuré tout le mal qu’il pense de la déchéance de nationalité, fasse sien le principe selon lequel « mieux vaut financer des gens dans l’emploi que les indemniser dans le chômage. Pourquoi ne pas utiliser une partie des indemnités pour alléger pendant une durée définie les cotisations des employeurs qui embauchent, par exemple, des chômeurs de longue durée. »

Je ne sais pas si Monsieur Faure rendra sa carte au Parti socialiste si le gouvernement continue de ressortir les mêmes recettes éculées et inefficaces que celles cuisinées depuis les années 80. Le traitement social du chômage a atteint le summum de son efficacité et représente un coût extraordinaire : indemnités chômage, plans de formation, RSA … Ce sont bien des dizaines de milliards d’euros qui sont versés chaque année pour soutenir, entretenir, ceux qui sont privés d’emploi ; 6 millions de français sont concernés.

Nous le savons tous : ce sont les entreprises privées et elles seules, notamment les petites et moyennes entreprises, qui créeront les emplois de demain. Ce sont les entreprises qui peuvent former les personnes privées d’emploi aux métiers de demain. Mais aujourd’hui, elles ont peur d’embaucher : trop risqué, trop compliqué, trop cher. La simplification du code du travail et le transfert d’une partie des sommes consacrées au traitement social du chômage sont donc les seuls chemins possibles. Verser tout ou partie du montant du RSA à l’entreprise qui embauche une personne sans emploi, qui lui apporte un complément de revenu, qui met en place un plan de formation, pour une durée d’au moins trois ans, sera assurément mieux que de laisser ces personnes désespérées éloignées du corps social, isolées dans leur désœuvrement.

Et si ces mesures aident les entreprises, en leur donnant accès à une main d’œuvre peu qualifiée, mais moins cher, la France retrouvera le moteur de la croissance qui lui manque. C’est ce qu’ont fait les Allemands et les Anglais depuis plusieurs années, avec le succès que l’on sait sur le front de l’emploi.

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Déchéance de nationalité : pourquoi je suis contre la réforme annoncée

30/12/2015 Aucun commentaire

Les actes de terrorisme sont sans nul doute d’une immense gravité et la France a été touchée au fond d’elle-même par les agressions des mois de janvier et novembre 2015.

Après le second et plus grave encore (par le nombre de victimes) attentat du 13 novembre, le Président de la République et son Premier ministre ont décidé de proposer une révision de la Constitution pour étendre la déchéance de nationalité à une personne coupable d’acte de terrorisme et ayant une double nationalité. C’est parfois le cas de nos concitoyens originaires de pays étrangers et qui sont nés en France (on naît alors Français : c’est le droit du sol).

Cette mesure, réclamée par le Front National et une partie de la droite, suscite un vif débat et soulève en effet de nombreuses questions.

Il s’agit, tout le monde en convient, d’une mesure symbolique. Son intérêt dissuasif est nul (et il est peu probable que l’existence de cette sanction ait un impact quelconque sur ceux qui sont prêts à se faire exploser pour atteindre leur but). L’effet pourrait même être inverse, les terroristes étant, même à titre posthume, honorés d’être bannis d’un pays qu’ils méprisent. Malgré tout, le symbole est important et le débat mérite d’être posé, car l’appartenance à une nation peut être légitimement questionnée quand un acte aussi grave contre ses propres concitoyens est commis.

Alors examinons quelques aspects de la réforme annoncée.

Un terroriste qui ne serait « que » Français ne pourrait être soumis à cette déchéance de nationalité. Donc les peines prononcées seront différentes selon l’origine et la simple ou double nationalité des individus concernés. Un peu étrange et, surtout, proprement inégalitaire, voire difficile à mettre en œuvre. Par exemple, que faire de binationaux déjà déchus de leur seconde nationalité ?

La déchéance de nationalité existe déjà dans le code civil pour des actes graves et de terrorisme. Elle est réservée aux binationaux qui ont acquis la nationalité française, non par le droit du sol, mais au terme d’un parcours de naturalisation long et relativement exigeant. La nouvelle mesure proposée apparait donc comme l’aveu d’un échec et la remise en cause d’une idée pourtant généreuse : celui du droit du sol conférant la nationalité française à toute personne née en France. Un acte de terrorisme est évidemment un acte odieux. Et la France a déclaré la guerre à ceux, le plus souvent des Français, qui l’attaquent ainsi sur son sol. Cette « guerre » justifierait une mesure symbolique d’exception. En faisant cela, on élude pourtant la vraie et angoissante question qui nous prend littéralement à la gorge : comment des enfants de France, nos concitoyens peuvent-ils en arriver à un tel degré de haine envers leur pays ? Ce n’est plus une guerre, c’est une guerre civile même si la réponse militaire, bien discutable, se passe en Syrie.

Ainsi il ne me semble pas que l’exclusion de nos enfants de ce qui est censé être leur nation, leur famille, soit une réponse adaptée. C’est l’aveu d’un grave échec dont les causes doivent être recherchées et traitées. Cela prendra du temps et bousculera les idées simplistes de nos gouvernants, qui nous rabâchent les oreilles avec les concepts tellement vides et jamais expliqués de « laïcité » ou de « valeurs républicaines ». Ce ne sont pas des concepts seuls qui permettront de refonder une nation française, respectée de ses enfants, car redevenue respectable et ambitieuse. Je crains que cette idée de déchéance de nationalité ne soit qu’une diversion pour éviter une fois de plus les vraies questions.

Le gouvernement tombe ici dans le travers des responsables politiques contemporains qui répondent à l’émotion publique par une loi. La politique compassionnelle est une politique menée par le faible, qui refuse de guider la nation et a pour devise : « je suis leur chef donc je les suis ».

Pour toutes ces raisons, je ne peux approuver la proposition qui devrait être soumise prochainement au congrès par le gouvernement. Je pense pour tout dire que cette réforme ne sera pas adoptée, voire pas présentée du tout. Et je doute que le Président de la République choisisse la voie référendaire pour adopter cette réforme. Il en a le pouvoir juridique. Il n’en a pas la force politique.

Et je regrette ces diversions qui nous font oublier les grandes réformes dont nous avons besoin, le lien social qu’il faut reconstruire, les multiples urgences qui se posent à notre pays.

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Les communes sont en colère

18/10/2015 Aucun commentaire

Maires en colèreFait rare : les maires qui manifestent ! C’était le samedi 19 septembre. Un mot d’ordre : ras-le-bol !

Les dotations de l’Etat aux communes diminuent fortement. Je suis un des premiers à penser que les communes dépensent trop, et comptent souvent trop de personnel ou de fonctionnaires territoriaux. Les ronds-points fleuris ne sont peut-être pas tous indispensables ? Les subventions excessives ou hors du champ de compétence des communes existent aussi. Tout cela doit être éliminé et toutes les collectivités locales doivent faire l’effort financier pour accompagner le redressement national nécessaire.

Mais dans le même temps, l’Etat demande de plus en plus aux communes : la réforme de l’école si coûteuse, la réponse aux demandes sociales de solidarité, la lutte contre les incivilités croissantes, la création de logements sociaux et les pénalités à payer, l’accueil des migrants maintenant. L’Etat impécunieux est incapable de faire les réformes structurelles indispensables à notre pays, préférant transférer ses charges aux communes… Tout en diminuant leurs ressources.

Ajoutons à ce tableau cette suspicion véhiculée contre les élus, à commencer par les maires. Tout récemment, un haut fonctionnaire a qualifié ceux des communes qui ne comptent pas 25 % de logements sociaux de « mauvais citoyens » : j’étais présent. C’est inacceptable ! Cette culpabilisation (on dirait aujourd’hui stigmatisation ?) des élus locaux par l’Etat devient indécente.

Notre conseil municipal a été élu par les Seine-Portais sur un projet communal. Il n’ignore aucun des impératifs publics qui s’imposent à tous. Nous nous efforçons d’exercer nos fonctions dans le respect de l’intérêt général. Républicains, nous traitons avec la plus grande attention les injonctions qui nous sont adressées par les services de l’Etat. Mais les élus locaux ne veulent pas porter le chapeau de l’incurie et des contradictions du gouvernement dans le traitement des maux de notre pays.

Alors oui, ras-le-bol ! Mais nous ne baisserons pas les bras et continuerons de travailler avec tous, sans nous laisser détourner du mandat qui nous a été confié.

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Le prix de la rupture de l’égalité entre citoyens : deux milliards d’euros

01/10/2015 Aucun commentaire

IREn septembre, Monsieur Hollande a lancé sa campagne électorale en vue de la présidentielle de 2017, avec une annonce de taille qui devrait ravir quelques 8 millions de foyers : la baisse de l’impôt sur le revenu. Elle représente pour le budget de l’Etat un manque à gagner d’un peu plus de deux milliards d’euros.

Ces baisses devraient être financées par des économies budgétaires ; donc il ne s’agirait pas de financer la diminution d’une taxe par l’augmentation d’une autre… Toujours selon les déclarations présidentielles. Mais cette annonce n’est accompagnée d’aucune précision et le passé nous a souvent montré, avec Monsieur Hollande, combien ces imprécisions cachent un déficit budgétaire supplémentaire.

Au-delà du risque budgétaire pour l’Etat, regardons les catégories de contribuables qui vont en bénéficier… Et dans quelle mesure.

Pour trois des huit millions de foyers concernés, il s’agira de leur première baisse. Célibataires, couples avec enfants, fonctionnaires etc. : les classes moyennes sont ostensiblement visées par le gouvernement. Petit cadeau qui sera constaté en septembre 2016 par les intéressés, quelques mois avant l’échéance de 2017. Je suis une fois de plus confondu par tant de démagogie. Une mesure plus juste aurait consisté, comme le propose Monsieur Ayrault, en une baisse de la CSG ou de la TVA. Mais voilà, ces impôts sont moins sensibles, moins visibles.

L’impôt sur le revenu est la marque de l’appartenance du citoyen à la nation. En le payant à l’Etat, il participe directement au financement des besoins du pays ; il est en droit d’avoir un regard critique sur les choix (ou les non-choix) du gouvernement en matière de dépense publique.

Mais nos gouvernants ne veulent pas de ce regard critique et préfèrent endormir leurs électeurs que de réveiller les citoyens. La nouvelle annonce de Monsieur Hollande sortira un million de Français de l’impôt sur le revenu et les éloignera davantage des choix que le gouvernement doit faire.

Deux milliards d’euros, c’est le prix d’un cadeau électoral ; et comme toute décision démagogique, elle laissera des traces sur la cohésion sociale dans notre pays.

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Réfugiés : des postures à la réalité de l’action

14/09/2015 Aucun commentaire

RéfugiésIl y a quelques jours, la photo du corps sans vie d’un enfant mort sur une plage turque, puissamment relayée par les médias, semble avoir « éveillé les consciences », tant individuelles que politiques. Il est difficile de prendre du recul face à l’actualité et son amplification par l’image. L’émotion est grande et le choc immense. Mais je ne peux m’empêcher de trouver ironique que ce soit cette seule photo qui fasse basculer l’opinion (en France notamment), alors que la migration des réfugiés est connue depuis des semaines, pour ne pas dire des mois. Néanmoins, soyons pragmatiques : avant toute chose, nous pouvons nous réjouir de voir, ici et là, la solidarité s’organiser, nos concitoyens vouloir ouvrir leur cœur et parfois même la porte de leur maison. Au moment où notre société semble se replier sur elle-même, c’est réconfortant.

Or je constate un certain cynisme de nos responsables politiques dans ce dossier, à commencer par le plus haut niveau de l’Etat : Monsieur Hollande et son gouvernement continuent d’asphyxier les collectivités territoriales, mais c’est à elles qu’il appartiendrait d’organiser l’accueil de 24 000 réfugiés en deux ans… Le tout avec une aide financière dérisoire et dans une improvisation indigne de la France.

Et pourquoi 24 000 ? C’est le quota français… Très théorique. En effet, les frontières entre Etat-membres sont, par principe, ouvertes au sein de l’espace Schengen, espace au sein duquel la liberté d’aller et venir est la règle. Ensuite, et la presse commence à s’en faire l’écho, tous les migrants qui se déplacent dans le flot des réfugiés ne sont pas des réfugiés politiques ou des victimes fuyants les combats.

De la même manière que l’émotion ne doit impliquer de surréaction, générosité ne doit pas être synonyme de naïveté. Et il appartient aux responsables politiques de répondre à des questions importantes :

- Qui veut-on accueillir ? Avec quel statut ? Sur quels critères ?

- Comment les accueillir ? Regroupés dans des villages provisoires proches des frontières pour qu’ils puissent repartir au plus vite vers leur patrie pacifiée ? Ou bien faut-il à l’inverse les répartir au cœur de communes françaises et favoriser leur installation durable dans notre pays ?

- Quel financement pour venir en aide à ces populations ? chacun sait qu’ils ne pourront survivre dans notre pays qu’avec un soutien social conséquent. Notre pays en a-t-il les moyens ? L’émotion passée, notre peuple le souhaite-t-il ?

- Quid du retour dans leurs pays d’origine ? Quand ? A quelles conditions ? Qui le paiera ?

Ces questions toutes simples sont souvent balayées par l’émotion et l’on crie vite à l’indécence si on les pose. Le gouvernement préfère ne pas répondre car, les publicitaires le savent, l’émotion est un puissant facteur d’adhésion. Et pour l’heure, les Français adhèrent encore.

Mais les lendemains peuvent être douloureux : après l’accueil, après l’hébergement chez des familles françaises généreuses, viendra le temps où certains demanderont à leur maire : « et maintenant on fait quoi ? ».

Dans un tel contexte, nos responsables politiques ne doivent jouer ni sur les peurs, ni sur la générosité des Français.

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Crise grecque : quatre enseignements politiques pour les Français

25/08/2015 Aucun commentaire

GrèceLe gouvernement de Monsieur Tsipras a été élu démocratiquement en janvier 2015, sur la base d’un programme prétendant s’opposer aux « diktats » de l’Union européenne et du FMI. La Grèce est alors dans une situation financière catastrophique, en risque de défaut de paiement vis-à-vis de ses créanciers internationaux, mais aussi de ses propres fonctionnaires et retraités.

Toute la campagne et le succès électoral reposaient sur le refus de l’austérité, sur l’idée que le choix démocratique des Grecs s’imposerait aussi aux créanciers. La souveraineté devait être rétablie par la force des urnes. C’est, en substance, le même discours que Madame Le Pen ou Monsieur Mélenchon tiennent en France.

Syriza, le parti d’extrême gauche grec, gagne les élections et Monsieur Tsipras devient premier ministre le 26 janvier dernier. Il commence aussitôt à mettre en œuvre quelques promesses électorales symboliques, comme l’embauche de nouveaux fonctionnaires. « La démocratie a gagné ! Formidable élan démocratique et populaire ! » proclament en chœur l’extrême gauche et l’extrême droite françaises.

Après ces quelques semaines de liesse populaire internationale, Monsieur Varoufákis, ministre des finances du nouveau gouvernement grec, rencontre les créanciers à qui non seulement il ne propose aucun remboursement, mais à qui il demande une rallonge d’environ 80 milliards d’euros. Sans s’engager à des réformes suffisantes dans son pays, nécessaires au redressement. Rappelez-vous : le peuple grec s’est exprimé, les « financiers » européens doivent donc s’incliner.

Mais c’est toujours ainsi : on peut torturer les chiffres, ils finissent par se venger. Une politique qui ne s’appuie pas sur la réalité économique et financière d’un pays est une illusion dangereuse et populiste, qui peut entraîner un pays vers la décadence et la faillite. En quelques mois, les Grecs, trompés par les dirigeants de Syriza, ont tout perdu : la faible croissance revenue grâce aux mesures de redressement, néanmoins insuffisantes, du gouvernement précédent a été anéantie en trois mois ; et les dirigeants grecs, une fois passés les coups de menton un peu ridicules, ont accepté, contraints et forcés, la seule voie possible proposée par les Allemands… et les Français !

Dans cette tragédie moderne, le référendum organisé par Monsieur Tsipras est un acte d’une dimension démagogique inégalée : en votant « non », vous vous opposerez aux diktats financiers européens ; en votant « oui », vous acceptez les conditions imposées pour rester dans la zone euro. La réponse du peuple grec a été « non » – saluée comme un grand succès par les extrêmes français. Or la négociation qui s’est ensuite ouverte a consisté à mettre en place toutes les mesures venant en conséquence du « oui ». Vive la démocratie grecque de Monsieur Tsipras, triste descendant des plus grands philosophes fondateurs des valeurs européennes. Cette politique qui tourne le dos aux engagements pris pendant le temps de l’élection – engagements qui se révèlent être de purs mensonges – ne pouvait que conduire à la démission de Monsieur Tsipras et ouvrir une nouvelle page de profonde incertitude pour la Grèce.

J’en retiens plusieurs leçons pour la France :

- Méfiez-vous de ceux qui prétendent que leur plus grand ennemi, c’est la finance. Si, comme moi, vous avez déjà contracté un crédit auprès d’une banque, vous savez que l’on ne peut pas l’envoyer promener sur le simple fait que vous ne voulez/pouvez plus payer.

- Madame Le Pen et Monsieur Mélenchon séduisent souvent par des discours simplistes qui font mouche ; ce sont des discours qui ne valent que lorsque l’on siège dans l’opposition. Monsieur Tsipras vient de s’en rendre compte (s’il ne le savait pas déjà).

- Une démocratie raisonnable ne peut ignorer la réalité : le Général de Gaulle, grand pragmatique, avait coutume d’introduire ses décisions par « les choses étant ce qu’elles sont »

- Les réformes imposées à la Grèce par les Européens, dont la France, devraient nous inspirer pour nos propres réformes, si urgentes et si souvent repoussées… aux calendes grecques.

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